Le vent s’était levé au-dessus des entrepôts déserts. Il portait avec lui cette odeur âcre de rouille, de pluie sur béton fendu, et de câbles fondus. Un drone de surveillance explosa soudain dans un éclair bleuté, comme une luciole trop curieuse foudroyée dans le ciel noir.
En contrebas, les lampes frontales de sept hommes transperçaient la brume. Ils évoluaient sans un mot, synchrones, précis. Les membres de la Conciergerie, l’unité privée de Roman Sionis, ne parlaient jamais à voix haute. Chacun communiquait par des impulsions tactiles, des gestes codifiés, ou des données cryptées. Dans leurs oreillettes, une seule voix résonnait :
À l’arrière du hangar, une caisse métallique haute de deux mètres vibrait doucement. Légèrement bosselée, renforcée par des soudures multiples, elle portait un symbole peint à la main : une cage entrouverte, dégoulinante de rouge. À l’intérieur, quelque chose respirait lourdement. La structure tremblait à chaque inspiration.
Un garde s’approcha pour vérifier les attaches.
C’est à cet instant que les ombres se déchirèrent.
Sans un bruit, un câble noir fila depuis la verrière brisée au plafond. Il happa le garde à la gorge et le projeta contre une pile de caisses. Le choc fut sec, suivi d’un crissement métallique. La lumière vacilla.
Un silence surnaturel s’abattit sur l’entrepôt.
Puis une voix, grave, déformée par le modulateur, s’infiltra dans les intercoms :
Les soldats se mirent immédiatement en formation. L’un d’eux pointa son fusil vers les hauteurs. Il ne vit rien. Seulement des ombres. Des angles. Une présence.
Trop tard. Une capsule de gaz fumigène éclata sous ses pieds. Une forme noire s’écrasa sur lui. Trois autres tombèrent avant même d’avoir dégainé.
Puis, un clac métallique retentit.
La serrure de la cage venait de céder.
Les soldats restants reculèrent d’un pas, hésitants.
La chose qui en sortit n’avait pas de nom.
Une silhouette voûtée, nue à moitié, recouverte de pansements sanglants et de chaînes médicales rompues. Des pinces d’alimentation pendaient encore de ses bras injectés de stéroïdes chimiques. Ses yeux brillaient d’un jaune maladif, les pupilles dilatées par les neurotoxines.
Il respirait avec difficulté, chaque souffle comme un râle d’agonie, mais il souriait. Un sourire distordu, fendu jusqu’aux joues.
Il courut.
Pas comme un homme.
Comme un chien lâché.
Comme une arme libérée.